L'Atlantide ( Hors Série du « Monde des Religions » 2019 )

L’île engloutie

Par la faute des hommes. 

 

L’orgueil des hommes, leur convoitise et leur amour du pouvoir ont-ils soulevé la colère des dieux ? Le mythe de l’Atlantide nous livre un message déconcertant à l’heure des changements climatiques et du transhumanisme. 

 

L’Atlantide : mythe ou une réalité ? Peu importe si le continent perdu a été dévasté par les eaux ou imaginé de toutes pièces par Platon. L’histoire de l’Atlantide est tellement ancrée dans la conscience commune qu’elle est devenue réelle. Peu de sujets bénéficient en effet d’une bibliographie aussi abondante. Pourquoi ? Car ce thème est éternellement actuel : le paradis est perdu à cause de la vanité de l’homme. Ce mythe touche au cœur de l’humanité et s’adresse à notre époque avec puissance. Il ne cesse de prévenir les hommes que s’ils coupent le lien avec la terre par orgueil, s’ils renient leur part de divinité par amour du pouvoir ; ils vont au naufrage. L’histoire de l’Atlantide est la nôtre. 

Platon dans Timée et Citias est le premier à avoir évoqué l’Atlantide avec autant de détails. Critias se serait vu confier cette histoire de source sûre par le législateur Solon. Il la tenait d’un prêtre égyptien du temple de Saïs au cours d’un voyage entreprit en Egypte en -570. L’Atlantide serait l’île de Poséidon dans laquelle il installa les dix fils qu’il eut avec une femme mortelle, Kleito. Atlas, l’ainé dirigeait la capitale. Pendant de nombreuses générations, les habitants de cette île vécurent heureux car « ils restaient attachés au principe divin auxquels ils étaient apparentés » écrit Platon dans Critias. Ils n’avaient que des pensées vraies et grandes. Ils se comportaient avec sagesse face aux aléas de l’existence. Ils ne souffraient pas trop de leur richesse car ils savaient que tout ce qu’ils recevaient était le fruit d’une affection mutuelle et d’une grande vertu. Ils refusaient d’honorer leurs biens, conscients qu’ils périraient avec eux. Mais il faut croire que le bonheur ennuie les hommes. Le caractère humain finit par prédominer. Ils ne supportèrent plus la prospérité car ils tombèrent dans la quête de pouvoir et la convoitise. « Alors le Dieu des dieux, Zeus qui règne suivant les lois et qui peut discerner ces sortes de choses, s’apercevant du malheureux état d’une race qui avait été vertueuse, résolut de les châtier pour les rendre plus modérés et plus sages. A cet effet, il réunit tous les dieux dans leur demeure, la plus précieuse, celle qui, située au centre de l’univers, voit tout ce qui participe à la génération, et, les ayant rassemblés, il leur dit : … »[1]. Le manuscrit de Platon s’achève sur ces mots. Nous ne saurons jamais ce que dit Zeus, mais sa colère fut terrible car le continent fut englouti sous les eaux par des tremblements de terre et des inondations qui dévastèrent l’île en un jour et une nuit. 

Pour l’historien Bernard Sergent, le récit de Critias est un mythe qui doit signifier plus qu’il ne dit. Platon aurait joué avec de multiples traditions qu’il aurait remanié à sa guise :  « l’Atlantide de Platon est, d’abord une utopie, un paradigme de l’exotisme, et un pays de cocagne ! C’est une copie et projection d’Athènes, de l’Athènes de son temps que Platon n’aimait pas. (…) C’est aussi un des plus formidables efforts de toute l’histoire, et des plus merveilleusement réussis, de mythogenèse ». Dans un long essai, l’historien analyse le mythe pour mettre en miroir la culture héllenique comme principale source d’inspiration. Il espère ainsi couper court à toutes les élucubrations sur la recherche du continent perdu. Mais la fascination est la plus forte. Platon a écrit que l’île se trouvait au large des colonnes d’Hercule derrière le détroit de Gilbratar ; alors des hommes passionnés dont le commandant Cousteau sont allés chercher les vertiges de l’île mythique dans l’Atlantique. Des centaines de thèses tentent de localiser le continent perdu à travers la planète. Il n’y a aucune preuve, il y a mieux : des énigmes. 

Ignatus Donnelly au XIXème siècle a connu un énorme succès avec son livre Atlantide et le monde antédiluvien où il explique pourquoi l’Atlantide est à la source de toutes les traditions. Que l’on se tourne du côté des Hébreux, des Aryens, des phéniciens, des Grecs ou des habitants de l’Amérique ; il soutient que l’on rencontre les traditions du déluge qui se rapportent implicitement à la destruction de l’Atlantide : « Une montagne Atlas sur le rivage de l’Afrique ; une ville Atlan sur le rivage de l’Amérique ; les Atlantes habitant la côte nord-ouest de l’Afrique ; une population aztèque dans Aztlan, en Amérique centrale ; un océan, entre les deux mondes, qui a nom Atlantique ; une divinité appelée Atlas qui porte le monde sur ses épaules ; et enfin la tradition immémoriale d’une île Atlantide… Tous ces éléments peuvent-ils résulter d’un hasard ? »Tout au long de son livre, Ignatus Donnelly expose de nombreux points communs entre des vieilles traditions qui n’avaient aucun lien et qui pourtant pratiquaient les mêmes rituels. L’explication ? Des initiés Atlantes se seraient sauvés en bateaux avant le naufrage et auraient exporté leur tradition aux quatre coins du monde. L’Egypte aurait été leur terre d’élection où ils auraient tenté de reconstruire une nouvelle Atlantide. Pour Donnelly, si personne ne parvient à percer le mystère de la construction de Keops, c’est parce que la grande pyramide aurait été construite par les Atlantes. Il souligne que la civilisation Egyptienne semble être née déjà mûre, sans enfance. Pourquoi ? Car les égyptiens auraient été d’emblée initiés par les Atlantes. Le sphinx serait le symbole de cette sagesse éternelle qui a pris corps il y a des millénaires. 

Le médium Edgar Cayce avait de nombreuses visions d’Atlantide dont il pouvait parler très précisément. Le Rosicrucien Raymond Bernard a reçu des enseignements secrets sur l’Atlantide qui aurait été le cœur du monde. Il souligne que c’était un pays hautement civilisé face auquel nous ne connaissons encore rien… 

Il semblerait que le progrès freine l’évolution de l’homme. Prendre le pouvoir sur la nature, la modeler à l’image de ses rêves, est l’aspiration de nos sociétés depuis des siècles. Mais cela même pourrait les mener à leur perte. Dès que l’homme cherche à défier le ciel, celui-ci lui tombe sur la tête ! A l’ère de la crise climatique et du transhumanisme le mythe de l’Atlantide est d’une actualité déconcertante. Il nous encourage à garder le sens du divin et les mains dans les terres et si nous ne voulons pas être déconnectés. 

 

 


Blanche de Richemont